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L'histoire de Yawa
![]() Les tissus, l'amour et le départ
Enfant, Yawa a été à l'école, pendant environ cinq ans. Ensuite, elle a dû arrêter pour apprendre le métier de commerçante. Plus tard, cette jeune commerçante de tissus a voyagé entre le Togo, le Nigeria et le Burkina Faso pour acheter et revendre des tissus. Grâce à son métier, dont elle parle avec enthousiasme, elle a appris à parler plusieurs langues et a connu différentes cultures.
Un jour, elle rencontre un hydrogéologue genevois, venu en Afrique pour travailler sur un projet. Ils tombent amoureux. Ils se marient et ils habitent dans différents pays du continent africain. Quand elle connaît son mari, Yawa a déjà un enfant de cinq ans. De l'amour avec ce jeune Suisse naît un deuxième enfant. Yawa et son mari décident de vivre en Suisse, où il y a de bonnes écoles et où les enfants ont la possibilité de faire des études. Avec son mari et son fils cadet elle part s'installer à Genève.
Une société de papiers À Genève, Yawa connaît la réalité des papiers : la nécessité d'avoir des diplômes, de remplir des formulaires, des factures, d'écrire des demandes de travail. Yawa avait un travail valorisant, au Nigeria, où elle n'avait pas besoin de diplômes pour démontrer ses compétences de commerçante. Tout se passait oralement. Ici, elle est submergée de documents : « Ici, il faut bien remplir les papiers, il faut être précis... Si c'est en Afrique, ciao ciao ! Là-bas on n'a pas envie de faire ces choses là, là-bas on n'a pas besoin de papiers [.] Mais ici en Suisse il faut être très soigneuse, et pour chaque chose il y a des papiers. » Les deux cours de Yawa « Tu sais, j'ai deux cours : un cour suisse et un cour nigérian, et j'aimerais rester ici et là-bas, moitié-moitié...». La double appartenance à son pays d'origine et à son pays d'accueil est présente dans beaucoup de pratiques quotidiennes de Yawa. Pendant son temps libre, elle aime longer le bord du lac à vélo, mais elle aime se souvenir du Nigeria en allant ramasser des champignons dans la forêt. Le Nigeria et la Suisse se rejoignent dans la cuisine, ainsi que dans sa spiritualité : elle dit qu'elle est « toutes les deux », à la fois musulmane et catholique. En Suisse, être une nouvelle mère Yawa a quitté l'Afrique pour permettre à ses enfants de faire des études. Seulement un de ses deux enfants a suivi Yawa et son mari à Genève, mais elle parle toujours de ses enfants ; bien qu'absent, son enfant aîné influence ses choix de vie. Yawa espère qu'un jour, elle pourra le faire venir ici. Yawa remarque une grande différence dans la manière dont on éduque les enfants en Suisse et en Afrique : « Depuis que je suis en Suisse, c'est différent comment j'éduque mes enfants. En Afrique les enfants se débrouillent tout seuls, par contre ici il faut les accompagner, par exemple il faut les accompagner à l'école... Mais moi j'aimerais aussi les accompagner dans les devoirs et c'est pour ça que je veux apprendre ! Pour être derrière mon fils ! ». Apprendre à lire et à écrire. Yawa a quitté l'Afrique pour ses enfants, et elle a décidé d'apprendre à lire et à écrire tout d'abord pour ses enfants, pour « les accompagner dans les devoirs ». C'est donc son nouveau rôle de mère qui la pousse à améliorer ses connaissances en matière de lecture et d'écriture. Un des rêves de Yawa est de quitter son travail dans une cafétéria pour devenir secrétaire. Mais pour cela il faut écrire des lettres de motivation, et « il faut y aller » avec le français. Il faut aussi avoir des « papiers » qui montrent que tu as étudié. Une autre raison d'améliorer son niveau de lecture et d'écriture : essayer de faire face à certaines activités quotidiennes, comme remplir des documents, car Yawa désire pouvoir gérer ces activités toute seule. Et aussi pour le simple plaisir, « pour être curieuse et pour découvrir d'autres mondes ». . à camarada À camarada, Yawa rencontre des femmes qui, comme elle « n'ont pas eu la chance d'aller à l'école ». Même s'il y a des lettres qu'elle ne comprend pas, elle se dit que, même adulte, on peut apprendre. Ici, Yawa apprend également « des choses importantes pour le travail et pour la vie de tous les jours [.] Maintenant, c'est comme si on peut ouvrir toutes les portes ! ». À camarada, Yawa rencontre des femmes d'autres cultures, et qui ont des « économies différentes ». Des économies différentes : Yawa lit-elle le monde qui l'entoure avec ses yeux de commerçante de tissus ? Bien sûr, car la femme qui vendait de jolis tissus, qui voyageait, qui parlait plusieurs langues et qui avait le coup d'oil pour les tissus de qualité, est encore très vivante en elle. Elle la retrouve quand, à camarada, elle s'assied derrière une caisse : « Tu sais, une fois, quand il y avait une fête à camarada, moi j'ai tenu la caisse, parce qu'on vendait de l'artisanat. C'était la première fois pour moi, en Suisse devant une caisse, c'était super ! C'était un grand jour ! » Aujourd'hui, Yawa ne fréquente plus de cours à camarada, car elle n'arrive pas à concilier son travail, sa famille et les cours d'alphabétisation. << Retourner à Paroles De Femmes |
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