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l'histoire de Mariana
![]() Le feu, la mort, le départ La guerre civile en l’Angola a obligé Mariana à quitter son pays et deux de ses enfants. Elle habitait à Casenga, où, quand elle pouvait, elle vendait du poisson au marché : « Non, je ne travaillais pas. Parfois je vendais du poisson dans la rue pour gagner un peu d’argent, c’était le poisson du río, mais il n’y en avait pas tous les jours, alors j’allais vendre seulement parfois ». Son mari était chauffeur d’un militaire important, mais comme il a ensuite été menacé de mort, il a dû quitter le pays : « Son chef voulait le tuer parce que mon mari avait dit quelque chose qu’il ne devait pas dire.» La maison de Mariana a été brûlée, un de ses enfants a été tué. Mariana était seule, avec ses enfants et son "sufrimiento", sans savoir où était son mari. Elle a donc décidé de payer un passeur et de tenter de rejoindre son mari en Suisse. Elle est partie avec son fils Josué. Ses deux autres enfants sont restés en Angola. Retrouvailles « Quand je suis arrivée je ne comprenais rien, je ne parlais pas la langue, alors j’ai rencontré une dame qui m’a amenée à la police. Je suis restée là-bas pour demander asile. […] On me donnait à manger, des habits, tout. On m’a posé beaucoup de questions, pourquoi je suis là, et moi j’ai donné à l’assistante sociale le nom de mon mari ». Mariana, son mari et Josué s’installent à Genève. Une société de papiers Apprendre à lire et à écrire devient une nécessité une fois que Mariana se trouve en Suisse : « [Apprendre à lire et à écrire] c’est la chance ! Ici en Suisse tout se fait par les papiers ! Il y a des papiers partout ! Ton fils t’amène des papiers de l’école qui disent que la semaine prochaine ils vont à la montagne, partout il y a des papiers et c’est très important. En Angola, c’est pas comme ça, c’est la catastrophe, personne ne s’intéresse là-bas, si tu vas à l’école ou si tu y vas pas, c’est pas grave ! » En Angola, il y a beaucoup de "sufrimiento", pas comme ici Mariana parle de son pays d’origine avec douleur. Elle compare l’Angola avec la Suisse, et affirme avoir trouvé la tranquillité et le bien-être, ici : « Là-bas c’est pas comme ici car il y a la guerre, il y a pas d’argent, pas comme ici... ». Mais Mariana pleure ses enfants qui sont restés là-bas, et qui mènent une vie difficile. Ils ne vont pas à l’école, et Mariana ne sait pas où ils dorment, le soir. Elle aimerait demander à son enseignante d’alphabétisation comment on pourrait les faire venir ici. En Suisse, Mariana a travaillé dans une entreprise de nettoyages mais aujourd’hui elle est au chômage. Son mari est cuisinier dans un restaurant et Josué fréquente une classe spécialisée. Il a neuf ans, et le maître a dit que, à neuf ans, il faut savoir lire et écrire. Mariana se sent bien ici : « Les Suisses sont très gentils, ici on a le droit de travailler, ils nous donnent l’argent pour manger, ils nous donnent des papiers, des habits, et les enfants ici peuvent aller à l’école sans payer ». Les Suisses donnent des papiers, mais qui ne permettent pas à Mariana et à sa famille de sortir de Suisse. Elle aimerait partir et pouvoir aller dans d’autres pays, mais elle n’a pas cette liberté. Elle doit suivre les ordres. En Suisse, être une nouvelle mère Quand elle sort, Mariana regarde comment les autres mamans se comportent avec leurs enfants, et fait la même chose : « En Angola on tape beaucoup les enfants, mais ici on parle avec eux. On parle avec la bouche, on explique, alors moi je regarde comment les gens font ici et je mets ça dans ma tête.» En Suisse, les enfants de Mariana deviennent ses enseignants, car elle les considère comme ses premiers initiateurs à la langue française : « […] Si je dois dire « ne mets pas le sable dans la bouche » j’écoute bien comment mes enfants disent le mot sable, puis je mets ça dans ma tête, je leur dis le mot en portugais et eux me disent comment on le dit en français ». Apprendre à lire et à écrire… Mariana est allée à camarada suite à la perte de son travail. Quand elle est arrivée le premier jour à camarada, elle s’est sentie mal à l’aise, car elle pensait être la seule à ne pas savoir lire et écrire. Mais là-bas, on lui a dit : « Tu es savante ! » car elle sait écrire son nom. … à camarada... Selon Mariana, camarada « est une école pour femmes, pas pour hommes, pour les femmes avec une difficulté pour lire et pour parler », et c’est un endroit où on fait de belles rencontres. Une solidarité féminine existe, d’après Mariana, et le fait que camarada est fréquenté exclusivement par des femmes est un point positif pour leur apprentissage. Mariana pense que les hommes sont méchants et que, pour cette raison, ils ne sont pas admis à camarada : s’ils étaient là, ils se moqueraient des femmes qui se trompent pendant les leçons ; par contre les femmes n’osent pas se moquer des autres femmes. << Retourner à Paroles De Femmes |
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