Cours de français | Ateliers d'intégration | Atelier de sérigraphie | Ici-formation | Espace enfants | Soutien scolaire
|
![]() |
|||||||||||
|
||||||||||||
l'histoire de Julia
![]() Le vert, le militaire, le départ
Au Cap Vert, Julia était paysanne. Elle vivait avec ses enfants et son mari, près de ses parents et de sa belle-mère. Le mari de Julia était un militaire, souvent en voyage. Selon Julia, c'est parce qu'il a mieux connu l'Europe que le Cap Vert qu'il a décidé d'émigrer en Suisse. Julia a rejoint son mari en 1989, et trois de leurs enfants ont suivi leurs parents plus tard. Au Cap Vert, Julia menait une vie dont elle a la nostalgie. Elle aimerait la retrouver. Comme elle aimerait retrouver aussi le vert des champs de son pays :
« Au Cap Vert, moi je fais beaucoup de choses, parce que moi je parle ma langue et parce que c'est facile de travailler, parce qu'il y a beaucoup de l'eau et c'est pour ça qu'il s'appelle Cap Vert, parce que c'est tout vert. »
« Moi j'aime bien partir définitif » « Moi j'aime bien partir définitif,... Même si on est pas riche nous vivons bien, [.] tout le monde est tranquille, tout le monde est souriant, nous discutons souvent, il y a les amis... En Suisse je ne sais pas... C'est bien, c'est propre, c'est joli, c'est bien, mais... C'est difficile de s'y habituer, c'est pas la même chose !... » Vivre en Suisse est difficile pour Julia. Elle est contente d'avoir la nationalité suisse, « le papier est plus important que l'argent », et souligne l'importance de pouvoir se déplacer librement et sans contraintes légales. Pourtant, le papier ne fournit pas le travail. Et ne pas avoir de travail, pour Julia, correspond à ne pas avoir de droits : « J'ai pas de droits parce que j'ai pas de travail. » Même si elle n'y habite pas, Julia n'a pas quitté son pays. Elle l'a, très vif, très vert, dans son cour. Quand elle pense à son pays d'origine, Julia y voit la liberté. C'est peut-être la liberté de parler sa langue maternelle et d'être comprise, la liberté de travailler sans devoir montrer une signature dans son passeport. Une société de papiers Une des premières difficultés que Julia a rencontrées à son arrivée en Suisse est la recherche d'un emploi. Julia croit que c'est parce que son passeport est sans signature - donc, parce qu'elle ne sait ni lire ni écrire - qu'elle ne trouve pas de travail. Un travail, pour Julia, est une manière « de vivre sa vie comme toutes les femmes ». Mais elle ne peut pas la vivre, cette vie, d'une part parce qu'elle ne sait pas lire et écrire, d'autre part parce que, à son arrivée en Suisse, elle ne parle pas encore la langue française. La naissance de Carolina Après quatre ans de vie à Genève, Julia accouche d'une fille atteinte d'un handicap psychomoteur. Cet épisode bouleverse la vie de Julia : elle attribue ses difficultés dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au choc qu'elle a eu lors cette naissance : « Quand moi je découvre la maladie de Carolina, qui est très très grave, moi j'ai beaucoup souffrir... et toutes ces choses, tout ce choc, ça m'a bloqué dans mon cerveau [.] Moi je pense que c'est pour ça que moi je suis restée bloquée pour comprendre, pour lire et écrire. » Julia raconte comment, à cause du choc vécu à la naissance de sa fille et du stress causé par son hospitalisation, elle est tombée malade et a eu une crise cardiaque. Elle dit que cette crise « est dans son cerveau » : elle est due à sa souffrance. Cette maladie a contraint Julia à l'hôpital un mois. Carolina n'est pas seulement source de souffrance, mais également de fierté, pour Julia, qui aime bien raconter comment, chaque jour, elle emmène sa fille en promenade. Bien s'occuper de sa fille signifie, pour Julia, compenser son français qu'elle considère comme pas très bon : « Tout le monde nous connaît ici. Moi je sors partout avec Carolina, et elle est toujours bien, bien habillée, propre, jolie, tout le monde regarde parce que... Sa maman je parle pas bien français, comprend pas très bien mais moi je suis quelqu'un de propre et je veux que mon enfant soit propre... Même si elle est malade.» Apprendre à lire et à écrire. Savoir lire et écrire pour Julia signifie, avant tout, parler correctement le français. Quand elle s'est inscrite, la première fois, à un cours d'alphabétisation, Julia avait pour but d'apprendre le français oral : « Pour comprendre ! Pour pas rester dans la même situation, pour trouver du travail, pour demander de l'aide, pour pouvoir demander quelque chose. Tout ça c'est pour m'aider. » L'apprentissage est souffrance, mais transmet à Julia également une image positive d'elle-même, car depuis qu'elle suit des cours elle peut se défendre, elle peut demander des explications aux médecins : « Moi j'ai commencé à aller à l'école, et moi je suis devenue très courageuse.» . à camarada... Julia croit que camarada est fréquenté seulement par des femmes car ces dernières s'intéressent plus que les hommes à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture ; elle interprète cela comme une sorte d'émancipation féminine. Selon Julia, les femmes d'aujourd'hui veulent « comprendre quelque chose qu'elles ne comprenaient pas avant » ; cet apprentissage leur permet de « se défendre » de se sentir mieux, et d'être plus indépendantes. << Retourner à Paroles De Femmes |
||||||||||||