Cours de français | Ateliers d'intégration | Atelier de sérigraphie | Ici-formation | Espace enfants | Soutien scolaire
|
![]() |
|||||||||||
|
||||||||||||
l'histoire de Blanca
![]() Les doigts entre les étoffes
Blanca a dû travailler dès son plus jeune âge en tant que femme de ménage et garde d’enfants. Mais elle aurait voulu apprendre à coudre. Dans la famille où elle travaillait, on donnait des cours de couture à des jeunes filles et Blanca, en cachette, regardait et désirait être parmi elles, les doigts qui passent le fil dans des étoffes de qualité. Mais elle devait nettoyer, cuisiner, repasser. Aujourd’hui, Blanca prend des cours de couture à camarada et vient de s’acheter une machine à coudre. Elle désire coudre une veste cintrée, élégante, pour elle-même.
Une fois adulte, Blanca a travaillé en tant que représentante de produits de beauté et a mis en place parallèlement un commerce d’habits lui permettant de gagner sa vie. C’est grâce à ce commerce parallèle que Blanca a pu entretenir, toute seule, ses enfants. La situation économique de cette famille devenait toujours plus dure, et l’une des filles de Blanca a décidé de partir tenter sa chance en Europe. Au début, Blanca a souffert de ce départ, mais ensuite elle a décidé de suivre sa fille et de se rendre en Suisse.
Le pays des regards méprisants La vie en Suisse est difficile. Blanca est clandestine et doit apprendre à vivre en se cachant. Quand elle marche dans la ville, elle a peur de rencontrer des policiers. Dans le bus, dans la rue, elle sent le regard méprisant des gens. Blanca ressent un refus de la société genevoise vis-à-vis des personnes qui ne détiennent pas un permis de séjour. Ils sont traités de délinquants : pourtant, est-ce que le fait de travailler est un délit ? Blanca ressent le racisme partout et à chaque moment. Que de fois elle s’est vu refuser un travail parce qu’elle est équatorienne ! Que de fois on l’a traitée avec mépris parce qu’elle ne comprenait pas le français ! Alors elle met en place des stratégies contre ce mépris qu’elle vit au quotidien. Maintenant elle reconnaît les caissières gentilles et elle se dirige vers la caisse de celles qui ne vont pas lui répondre avec mépris. Aquì no es el mismo sabor. Ici ce n’est pas la même saveur Blanca aimerait rentrer dans son pays d’origine. Ici, les choses n’ont pas le même goût. Sortir de chez elle sans avoir peur, sans se cacher, pouvoir mener une vie normale, c’est ça la saveur de son pays. Mais depuis l’Equateur, sa fille lui dit de ne pas rentrer. Pour quoi faire ? Il n’y a pas de travail ! Blanca ne veut pas être renvoyée de Suisse comme si elle était une délinquante. Elle désire pouvoir sortir d’elle-même, par son libre choix. En Suisse, être une nouvelle mère Blanca réfléchit sur l’éducation qu’elle a donnée à ses enfants. L’émigration en Suisse lui a fait découvrir un autre type d’éducation des enfants, non violente et davantage basée sur le dialogue et, vu qu’elle ne peut pas retourner en arrière, elle essaye de transmettre à ses enfants ces nouvelles valeurs éducatives. Cependant, elle remarque que ses enfants mettent en pratique l’éducation qu’ils ont reçue: « A educar a mis nietos no lo aprendí a camarada, lo aprendí en la calle, aquí en Suiza, en la vida diaria [...] trabajando con ellos, escuchando a los padres como le hablaban. Yo quisiera regresar en el pasado y educarlos así, como aprendí aquí, ¡pero ya es tarde! [...] Al niño, tienes que cuidarle como a una planta. » « J’ai appris à éduquer mes petits enfants dans la rue, ici en Suisse, dans la vie quotidienne […] dans la vie de tous les jours, en travaillant avec eux, en écoutant la manière dont leur parlent leurs parents. J’aimerais retourner en arrière et les éduquer comme ça, comme j’ai appris ici, mais maintenant il est tard ![…] Il faut prendre soin d’un enfant, comme on prend soin d’une plante. » Apprendre à lire et à écrire… Le plus important, pour Blanca, est l’apprentissage oral du français, car ne pas bien parler cette langue est un obstacle dans sa vie sociale et professionnelle. Surtout, apprendre à parler en français signifie pouvoir se défendre. Elle apprend en vue d’un futur meilleur et pour ne pas rester comme ses parents, « para poder surgir », pour aller de l’avant. Mais aussi pour pouvoir rêver à travers les poèmes, qu’elle aimerait bien pouvoir lire, car elle adore les vers. Lire et écrire, c’est aussi rêver, pour cette dame qui écoute Céline Dion et qui aimerait prendre des cours de flamenco. … à camarada Blanca se pose des questions par rapport au fait que le centre camarada est fréquenté exclusivement par des femmes. Elle n’est pas d’accord avec ce choix, qui lui semble discriminatoire et injuste envers les hommes : «¡Hay muchos hombres que necesitan! ¡ ¿Porque solo para las mujeres? ¡Tenemos los mismos derechos! Además para ellos es más difícil conseguir trabajo, y por esto no pueden pagar otros cursos más caros ». « Il y a beaucoup d’hommes qui sont dans le besoin ! Pourquoi seulement les femmes ? On a les mêmes droits ! En plus, pour eux il est plus difficile de trouver un emploi et ils ne peuvent pas suivre d’autres cours car ils sont trop chers ! » << Retourner à Paroles De Femmes |
||||||||||||